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Son architecture

Du pavillon d'été bâti par Antoine de Perticoz en 1736 au château bourgeois agrandi entre 1875 et 1890, le Montois porte, dans sa pierre, la trace de chacune de ses étapes de construction — jusqu'aux impacts de la Première Guerre mondiale, encore visibles en façade.

Le château vu depuis le domaine public, au pied du coteau boisé
Le château vu depuis le domaine public
Plan de la maison et du domaine de Montois, d'après l'arpentage de Delettre, 24 mai 1736
Plan du domaine par Delettre, 1736
Le vestibule et le grand escalier à volée courbe, avec sa rampe en fer forgé
Le vestibule et le grand escalier
Le château vu de la cour, avec sa tourelle d’angle
Le château et sa tourelle

Plan de 1736 et photographies d'étude issus du dossier constitué par la Conservation régionale des monuments historiques de la DRAC Hauts-de-France en vue de la commission régionale du patrimoine et de l'architecture du 21 septembre 2023.

1736

Le corps central, un pavillon d'été

Le domaine était à l'origine une simple ferme, possédée avant 1580 par un laboureur, Jean Molin, dont les terres relevaient de l'abbaye des Célestins de Villeneuve-lès-Soissons. En 1735, après plusieurs successions, le domaine est vendu à Antoine de Perticoz, écuyer et chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis. C'est à lui que l'on doit le réaménagement du Montois : il fait bâtir, en 1736, un château en pierre de quatre travées, accolé en prolongement à l'ancienne ferme.

Un plan signé par un certain Delettre, arpenteur à Coeuvres et daté du 24 mai 1736, figure encore les bâtiments du Montois en élévation, autour d'une cour fermée avec grange et pigeonnier — des vignes plantées au-dessus de la cour, un verger présumé de l'autre côté de la rue du Montois.

Sous ce bâtiment de 1736 se trouvent des caves dont la datation reste incertaine : Émile Gaillard y évoque une grande cave et une « foulloire » où était foulé le raisin, ce qui a pu faire émettre l'hypothèse d'une antériorité de ces caves, remontant peut-être au XVIIe siècle.

Une anecdote de chantier, elle aussi rapportée par Gailliard : lors des travaux d'agrandissement de 1876, on retrouva, dans la première pierre du bâtiment de 1736, un parchemin portant l'inscription « Cette pierre a été posée le [...] mai 1736 par le cocher de M. de Perticoz ». Elle fut replacée dans les fondations de la construction nouvelle, avec une autre inscription concernant les travaux de 1876, gravée sur une feuille de plomb enveloppant une bouteille contenant des pièces de monnaie de l'époque.

1875 – 1890

Les ailes latérales et les tourelles

On lit encore aujourd'hui, côté sud, le château de 1736, malgré l'ajout de la galerie formant vestibule entre 1875 et 1876. C'est à cette même époque que les ailes latérales sont ajoutées de part et d'autre du corps central, à l'instar de la tourelle du pignon est. Élevées en pierre, de bonne facture, elles prennent la forme de pignons à redents, typiques de l'architecture du Soissonnais, et ne dénotent pas avec la partie primitive : les baies du rez-de-chaussée y présentent des agrafes en terre cuite.

Côté nord, une seconde tourelle, octogonale celle-ci, est construite en 1890 à l'initiative de Pierre-Marie Le Cornier de Cideville — masquant en partie, sur cette façade, la date de 1736 portée en fer d'ancrage. Elle constitue une véritable « fantaisie », dans l'esprit des tourelles hors-œuvre des manoirs du XVIe siècle répandus en Soissonnais : elle n'abrite pas d'escalier, mais de petites pièces destinées à l'hygiène.

Toujours côté nord, la galerie fait une jonction élégante entre les deux ailes. Couverte à l'origine d'un toit en légère pente, elle reçoit rapidement un toit-terrasse à balustres. En partie centrale, l'entrée de forme semi-elliptique, en légère avancée, avec colonnes et pilastres, évoque le troisième quart du XVIIIe siècle — une réinterprétation historicisante, puisque construite un siècle plus tard.

En retrait, à l'extrémité de l'ancien bâtiment de ferme sur lequel s'est accolé le château, se trouvaient un fournil et les caves principales. Un charmant campanile, monté dans les années 1876-78, couronnait cette petite aile ; démoli en 1918, il n'a jamais été restitué — en lieu et place, on voit aujourd'hui une cheminée. Une petite extension éclairée par deux œils-de-bœuf y a été ajoutée dans les années 1920, à l'occasion d'une campagne de restauration portant sur l'ensemble du domaine.

1918

La guerre et ses traces

Le château a subi des dommages lors de l'offensive de 1918 : il en porte encore les traces de balles en façade. Les lucarnes du sous-comble, à l'origine à fronton triangulaire, ont été transformées à fronton arrondi et ailettes lors de la restauration d'après-guerre — les photographies d'avant-guerre montrent leur forme d'origine. Le dossier de dommages de guerre relève cependant assez peu de dégâts sur le bâti ; le relevé des travaux à mener fut établi par l'architecte Paul Tournon.

Le parc, lui aussi, fut expertisé : en décembre 1921, l'architecte-paysagiste Prosper Péan dresse le rapport des dommages estimés à la suite de l'offensive. Il note que l'ensemble a assez peu souffert, mais que la liste des arbres et arbustes à replanter est importante.

1865 – 1868

La chapelle

La chapelle est édifiée en 1865 et bénie en 1868 par l'abbé Delahaigue, chanoine de Soissons et ancien curé de Vic-sur-Aisne. Jean-Baptiste-Julien Le Cornier de Cideville, qui la fait construire, avait fait démolir une maison pour lui laisser place : elle s'élève ainsi au-dessus de l'ancienne cave de cette maison, disposant d'une sorte de crypte.

Édifice de taille modeste, bâti en pierre, la chapelle n'est pas orientée. Après une très courte travée de plan carré, le sanctuaire se déploie sur un plan centré, légèrement hexagonal. Construite à flanc de coteau, elle est entourée d'un mur de soutènement semi-circulaire, maçonné sur deux niveaux, qui étaye le terrain à l'arrière et lui forme un écrin.

Elle prend la forme d'un sanctuaire néo-roman, avec petites baies en plein cintre et bandeau à motifs de festons, puisant largement, notamment à l'intérieur, dans le répertoire décoratif du haut Moyen Âge — l'hypothèse retenue dans le dossier est qu'elle est dédiée à saint Rigobert, moine puis abbé bénédictin d'Orbais devenu archevêque de Reims, qui sacra les rois Dagobert III et Chilpéric II et fut le parrain de Charles Martel. Deux bas-reliefs scellés derrière l'autel évoquent cette histoire : l'un représenterait saint Rigobert, invoqué pour soulager les maux de dents, l'autre une Vierge à l'Enfant.

Pendant la Première Guerre mondiale, sept corps de soldats furent inhumés provisoirement au nord de la chapelle, avant d'être relevés pour être inhumés à nouveau dans la nécropole de Vic-sur-Aisne.

Un parc signé Édouard Redont

Le parc et son aménagement hydraulique

Le parc qui se développe au sud du château est un parc paysager dessiné par Édouard Redont après la Première Guerre mondiale — paysagiste de grand renom à qui l'on doit notamment des parcs rémois, le parc Bayard à Pierrefonds ou le parc de la Bôve à Bouconville-Vauclair. C'est un parc privé, de taille modeste et aux tracés simples, mais qui tire parti d'une topographie particulière : sa grande allée tournante, toujours existante, offre un point de vue en hauteur sur le château depuis le sud-est.

Redont prévoyait de replanter le verger visible sur le plan de 1736 et d'y associer un potager, profitant d'un point d'eau ; une carte postale d'avant-guerre montre des arbres fruitiers plantés en espalier le long du mur bordant la rue du Cleux.

Le parc présente, au sud du château, une grande perspective qui tire parti de la ravine située à l'arrière, à flanc de colline — une source, en haut de cette ravine, alimente le dispositif hydraulique aménagé en bas de pente. L'eau captée arrive dans un premier bassin, passe par une canalisation sous un emmarchement, et surgit dans une fontaine à buffet, adossée, constituée d'une vasque et d'un bassin d'ornement superposés en gradins, encadrée de deux piédroits appareillés en bossage. Ce premier bassin était autrefois surmonté d'un groupe de deux putti en terre cuite, aujourd'hui brisé mais dont les éléments ont été conservés — on distingue encore, sur le socle, les pieds des angelots et un carquois.

Par les formes et les profils employés, cet aménagement hydraulique semble pouvoir dater du XVIIIe siècle, contemporain de la construction du corps central. Assez rare pour un domaine de cette taille, il est aujourd'hui considéré comme l'un des éléments les plus remarquables du parc.

Cette page s'appuie sur le dossier constitué par la Conservation régionale des monuments historiques de la DRAC Hauts-de-France en vue de la commission régionale du patrimoine et de l'architecture du 21 septembre 2023, rédigé par Sandrine Platerier, chargée de la protection des monuments historiques, ainsi que sur la monographie d'Émile Gaillard, Monographie de la ville de Ressons-le-Long (1905), et sur le dossier de dommages de guerre conservé aux archives départementales de l'Aisne (cote 15R1589).