Le Capitaine Pigouche

Découvrez la vie extraordinaire d'un héros ordinaire

Le 12 juin 1918, le capitaine Roméo Pigouche meurt des suites de ses blessures dans le parc du Château de Montois. Plus d'un siècle plus tard, le 15 mai 2024, sa mémoire y a été honorée par le 3e régiment du génie, à l'occasion du transfert de sa dépouille vers le carré militaire du cimetière de Soissons.

15 mai 2024

La cérémonie d'hommage

Le Château de Montois a accueilli le 3e régiment du génie de Charleville-Mézières pour une cérémonie à la mémoire du capitaine Pigouche, dans le contexte du transfert de sa dépouille de la concession familiale du cimetière de Soissons vers le carré militaire de la ville.

À l'initiative du colonel Rémy Hémez, 90e chef de corps du 3e régiment du génie à l'époque, la cérémonie s'est déroulée dans le parc du château, à quelques mètres de l'endroit où le capitaine Pigouche fut touché par des éclats d'obus le 12 juin 1918, blessures dont il mourut à 17 h le jour même.

Son corps fut inhumé pendant deux ans dans le cimetière temporaire aménagé aux abords de la chapelle du château, aux côtés d'autres militaires et civils tombés pendant la Grande Guerre. Ce ne fut pas sa dernière demeure : sa dépouille fut d'abord transférée en mai 1920 à la nécropole nationale de Vic-sur-Aisne, avant de rejoindre la concession familiale perpétuelle au cimetière de Soissons. En mai 2024, faute d'entretien de sa tombe, elle a de nouveau été transférée, cette fois dans le carré militaire du même cimetière, grâce à l'engagement du comité du Souvenir Français du Soissonnais, présidé par Michel Orthon, qui a supervisé l'opération.

La cérémonie d'hommage au capitaine Pigouche, 15 mai 2024
Crédit photo : 3e régiment du génie de Charleville-Mézières

« Nous nous sommes installés au Château de Montois il y a tout juste 10 ans. Très vite nous avons appris qu'il y avait eu un cimetière temporaire aux abords de la chapelle. C'était une curiosité, un peu abstraite, fugace témoignage d'un épisode de la Grande Histoire. Et comme tout ce qui est un peu loin, un peu trop grand pour être correctement appréhendé à notre échelle individuelle, c'est devenu une anecdote.

Et puis, un après-midi de mars, la Grande Histoire à travers « la petite histoire » a fait irruption dans nos vies sous la forme d'un simple coup de fil du colonel Hémez. C'est grâce à lui que nous sommes tous et toutes réunis ici aujourd'hui.

En découvrant la vie du capitaine Pigouche, ses actions et sa personnalité telle qu'elle se dessine à travers elles, nous n'avons pas pu nous empêcher d'y voir un parallèle avec d'autres figures auxquelles nous ont habitués les fictions : la créativité dans l'adversité, l'audace, le courage, la capacité à faire basculer le cours de l'histoire quand beaucoup céderaient bien volontiers au défaitisme et à l'inaction.

Le parallèle s'arrête là néanmoins, car la vie sacrifiée du capitaine Pigouche et de ses hommes n'a rien d'une fiction. Ce n'est pas une jolie histoire de plus, une anecdote sympathique. C'est un héritage dont le souvenir nous oblige — à ne jamais oublier, et à honorer, chacun à sa mesure, la mémoire de ces héros tombés pour la France, tombés pour notre droit à vivre libres, notre devoir donc de vivre libres. »

Rachida Bouaiss, propriétaire du Château de Montois — 15 mai 2024
Cérémonie du 15 mai 2024 au Château de Montois
© Château de Montois
Cérémonie du 15 mai 2024 au Château de Montois
© 3e régiment du génie de Charleville-Mézières
Cérémonie du 15 mai 2024 au Château de Montois
© Château de Montois
Cérémonie du 15 mai 2024 au Château de Montois
© 3e régiment du génie de Charleville-Mézières
Cérémonie du 15 mai 2024 au Château de Montois
© 3e régiment du génie de Charleville-Mézières
Cérémonie du 15 mai 2024 au Château de Montois
© Château de Montois
Cérémonie du 15 mai 2024 au Château de Montois
© 3e régiment du génie de Charleville-Mézières
Cérémonie du 15 mai 2024 au Château de Montois
© 3e régiment du génie de Charleville-Mézières

Biographie

Une vie extraordinaire, un héros ordinaire

Roméo Balthazar Marie Pierre Augustin Aristide Pigouche est né au château de Vespeille-les-Pins, le 17 février 1876 à Salses, dans les Pyrénées-Orientales. Vieille famille originaire de l'Artois, les Pigouche sont aussi une famille de militaires : son père Jules, chef d'escadron dans un régiment d'artillerie, termina sa carrière comme lieutenant-colonel décoré de la Légion d'Honneur. Roméo suit les affectations de son père et devient bachelier ès lettres à Perpignan.

Incorporé en 1898, il choisit le génie en 1902 à l'école militaire de Fontainebleau. En 1904, il épouse à Marseille Germaine Reste ; ils auront trois filles. En juin 1909, sa compagnie porte secours aux populations touchées par le tremblement de terre de Provence — le plus meurtrier qu'ait connu la France, avec 46 morts — puis, en janvier 1910, lors des inondations de Paris. Il devient capitaine le 1er juillet 1911 et rejoint le régiment avec lequel il fera la Grande Guerre : le 3e régiment du génie, alors stationné à Arras.

1914

Commandant de la 3e compagnie du 1er bataillon, il combat à Dinant puis à la bataille de la Marne. Le 17 novembre, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur.

1915

Quatre mois de guerre des mines à la côte 108, près de Berry-au-Bac, pour empêcher l'ennemi de faire sauter les positions françaises.

1916 – 1917

Verdun, la Somme, puis l'Yser en Flandres : sa compagnie gagne le droit de porter la fourragère aux couleurs de la croix de guerre.

1918

Après Dommiers, il prend le commandement du génie de la 162e division d'infanterie et meurt le 12 juin au Château de Montois.

« Officier de tout premier ordre, d'une énergie et d'un sang-froid remarquables, légendaire par son intrépidité, véritable entraîneur d'hommes, qui a su faire de sa compagnie une compagnie d'élite. S'est distingué à Dinant, à la bataille de la Marne, sur l'Aisne, à Verdun, sur la Somme, sur l'Yser et dans la bataille récente devant Soissons, où il a interdit pendant deux jours, à un ennemi très supérieur en nombre, en lui infligeant des pertes sérieuses, l'accès d'une position qu'il avait pour mission de tenir. » Général Mangin, citation à l'ordre de l'armée — 8 octobre 1918

Plaque commémorative

Capitaine Roméo Pigouche — 3e régiment du génie

Mort pour la France le 12 juin 1918 devant Soissons.
Légion d'Honneur — Croix de guerre 1914-1918, 4 palmes, 5 étoiles.

Insigne du 3e régiment du génie d'Arras, 1918
3e RG d'Arras,
au temps du capitaine Pigouche
Insigne du 3e régiment du génie de Charleville-Mézières, aujourd'hui
3e RG de Charleville-Mézières,
aujourd'hui
Légion d'Honneur
Légion d'Honneur
Croix de guerre 1914-1918, 4 palmes, 5 étoiles
Croix de guerre
1914-1918
Le capitaine Pigouche en 1914
Le capitaine Pigouche en 1914 — crédit photo : 3e régiment du génie de Charleville-Mézières

Récit biographique : colonel Rémy Hémez, 90e chef de corps du 3e régiment du génie en 2024. Archives et documents : capitaine (ro) Michel Orthon, président du Souvenir Français du Soissonnais. Conception graphique de la plaque commémorative : Mohamed Bouaiss.